Les pollinisateurs : des ouvriers (agricoles) essentiels à la biodiversité urbaine

Bien qu’essentielle, l’étude des services de pollinisation dans les milieux urbains est un champ de recherche encore peu abordé en France. Découvrez les enjeux que recouvrent cette étude tant pour les scientifiques, pour les collectivités, que pour les citoyen.nes.



Les 40 plants de fraisiers servant à l'étude



Un sujet encore peu étudié


75 % des variétés de plantes cultivées en agriculture dépendent de la pollinisation pour assurer un rendement et une qualité convenables. Dans l’imaginaire collectif, « l’abeille » renvoie en général à la seule abeille domestique européenne, l'Apis mellifera. Pourtant, il existerait aujourd’hui entre 17 et 25 000 espèces d’abeilles sauvages dans le monde. En Europe, la récente liste rouge des abeilles européennes recense 1 965 espèces sur le continent, dont 9,2 % seraient estimées en risque d’extinction. En France, les dernières estimations comptabilisent 965 espèces, dont le statut reste pour la plupart méconnu. Alors que l’importance du service de pollinisation est reconnue à la fois pour des enjeux de conservation de la biodiversité et de sécurité alimentaire en milieux naturels et agricoles, les connaissances de leur rôle dans le maintien de la biodiversité en milieu urbain sont plus récentes.


Nombre d'études sur la pollinisation en milieu urbain par pays (sur fraisiers et framboisiers). Plus la couleur est rouge, plus il y a d'études, le maximum étant de 6 études par pays.



Dès lors, étudier le service de pollinisation rendu par ces pollinisateurs sur la production maraichère urbaine semble primordial pour des enjeux tant fondamentaux qu’appliqués en écologie urbaine.



L’apiculture citadine, une menace pour les abeilles ?


Dans un contexte de déclin mondial des abeilles, on observe depuis quelques années un engouement croissant pour l’apiculture urbaine. A titre d’exemple, 700 ruches ont été implantées à Paris en moins de 10 ans, portant à 2 600 environ le nombre de ruches à Paris aujourd’hui. La ville, où on ne trouve pas ou que très peu de pesticides et à l’inverse, qui accueille une large diversité floristique, représente un environnement qui convient bien aux abeilles domestiques (abeilles élevées à grande échelle en apiculture pour produire du miel et pour la pollinisation). Les abeilles trouvent refuge dans nos jardins, sur nos balcons, dans les friches…


Cependant, cette pratique pourrait avoir des effets néfastes sur les autres pollinisateurs, notamment les populations de pollinisateurs sauvages. La raison ? Le manque de nourriture pour toutes les abeilles. Si d’un côté le nombre de ruches ne cesse d’augmenter, il n’en est pas de même du nombre d’espaces verts, d’arbres, de plantes et de fleurs mellifères. Or, une abeille peut butiner de 500 à 2 000 fleurs par jour et en été chaque ruche abrite plus de 60 000 abeilles…



Une abeille apis mellifera au jardin pédagogique du LAB3S



Un enjeu de société


Le manque d’études et d’informations chiffrées sur la diversité des pollinisateurs et leurs effets sur les écosystèmes urbains rendent plus difficiles les prises de décision des collectivités concernant l’aménagement de leur territoire (démarches trames vertes et bleues*,..). Pour Est Ensemble, qui a la gestion du Bois de Bondy dans lequel se déroule une partie de l’expérimentation, cette recherche devrait améliorer leurs connaissances sur la diversité des pollinisateurs sur leur territoire. Le Conseil Départemental de Seine-Saint-Denis a constaté une forte hausse des projets d’apiculture urbaine ces dernières années. Face à cette augmentation, la collectivité souhaiterait sensibiliser et faire monter en compétence ses agents, les professionnel.les de la filière et les citoyen.nes sur les problématiques sanitaires, techniques, environnementales liées à l’installation de ruches en ville.



Dans ce contexte, l’IRD, le LAB3S et le Laboratoire Régional de Suivi de la Faune Sauvage (LRSFS) ont décidé de conduire un projet de recherche-action. Pour en savoir plus sur le protocole … la suite dans le prochain article !




* La trame verte et bleue (TVB) est une démarche qui vise à maintenir et à reconstituer un réseau d’échanges pour que les espèces animales et végétales puissent circuler, s’alimenter, se reproduire, se reposer et assurer ainsi leur cycle de vie. La trame verte et bleue porte l’ambition d’inscrire la préservation de la biodiversité dans les décisions d’aménagement du territoire.