Comment étudier la diversité des pollinisateurs et le service de pollinisation en ville ?

L’évaluation des services de pollinisation et de l’efficacité des pollinisateurs dans les espaces d’agriculture urbaine a été menée durant le premier semestre 2021 à Bondy. Les chercheurs.ses ont mis au point un protocole scientifique précis, testé pour la première fois en milieu urbain. L’expérimentation était visible durant tout le printemps –période de floraison, propice aux pollinisateurs- au bois de Bondy ainsi qu’au jardin de la Noue Caillet, géré par le LAB3S, et collé au bois de Bondy.


Les 40 plants de fraisiers servant à l'étude




Cadrage de l’étude :


Pour rappel, l'étude, qui visait à analyser l’effet potentiel de l’abondance en abeilles domestiques sur les pollinisateurs sauvages tant sur leur diversité que sur leur fonction de pollinisation dans l’Est Parisien, s’est déroulée sous la forme d’un stage de recherche-action. Elsa Blareau, étudiante en Master « Biodiversité, écologie, évolution » à Sorbonne Université (Paris 6), a été chargée de mener l’expérimentation dans le cadre de son stage de 6 mois de M2. Elle a travaillé en binôme avec Jean-Silouane Rebours, stagiaire de M1 « Biodiversité, écologie, évolution », en charge de réaliser un inventaire des pollinisateurs présents sur les zones d’études.


Elsa Blareau et Jean-Silouane Rebours travaillant au LRSFS, sur le campus de l'IRD



L’étude a été encadrée par l’IRD, le LAB3S et le LRSFS (Laboratoire Régional de Suivi de la Faune Sauvage). Ce co-portage par 3 acteurs différents a apporté une complémentarité intéressante :


  • Fabrice Requier (IRD, UMR EGCE), chercheur en écologie, assurait l'encadrement scientifique ;

  • Karim Daoud, vétérinaire et responsable du LRSFS, assurait l’encadrement technique en mettant à disposition son laboratoire et ses équipements scientifiques (loupe binoculaire, microscope etc) ;

  • Le LAB3S a assuré quant à lui un encadrement technique au quotidien, facilité l’accès aux terrains, apporté un appui dans la recherche de financements complémentaires et travaillé à la valorisation/diffusion du projet.



5 hypothèses ont été posées dans le cadre de l’étude :


  • Les pollinisateurs améliorent la production (les fleurs laissées accessibles aux pollinisateurs produiront plus de fruits/des fruits de meilleurs qualité que les fleurs inaccessibles aux pollinisateurs) ;

  • Le nombre de fruits et leur qualité dépend de l'identité du/des pollinisateur(s) ayant visité la fleur ;

  • Les pollinisateurs sauvages sont plus abondants loin des ruchers ;

  • Le nombre de fruits produits et leur qualité diffère le long d'un gradient de distance aux ruchers.



Protocole expérimental


Les suivis de terrain ont eu lieu pendant 6 mois sur deux sites d’étude : le campus IRD de Bondy et le bois de Bondy. Ces deux sites adjacents comprenaient à la fois des ruchers apicoles et des zones de production maraichère (jardin pédagogique de la Noue Caillet géré par le LAB3S). Pour étudier l’effet potentiel de l’abondance en abeilles domestiques sur les pollinisateurs sauvages, 40 plants de fraisiers ont été installés le long d'un gradient de distance aux ruchers. Les ruchers observés étaient des ruchers gérés par l’association Esprit de Ruche sur le campus de l’IRD, par la collectivité et des particuliers. Ces fruits ont été choisis pour deux raisons :

1) ils ont déjà été utilisés pour d’autres recherches : il y a donc une littérature scientifique existante dessus ;

2) c’est un fruit commun et apprécié des jardinier.ères.



Cartographie des sites d’expérimentation (Campus de l’IRD + bois de Bondy)

Points roses = plants de fraises

Triangles = emplacement ruches

20 zones d’emplacement choisies par tirage aléatoire : 2 plants de fraisiers ont été placés dans chaque emplacement.

Les plants de fraises ont servi de support pour les différentes expérimentations de pollinisation. Quatre traitements de pollinisation ont notamment été étudiés :

  • Pollinisation libre : cela signifie que la fleur n’a reçu aucune manipulation.

  • Pollinisation libre et manuelle : du pollen prélevé sur d’autres fleurs est apporté à l’aide d’un pinceau. Les fleurs sont pollinisées en grandes quantités de manière artificielle et sont aussi visitées par d’autres pollinisateurs.

  • Autopollinisation : exclusion de pollinisateurs volants en enfermant les plants dans des sachets. Que se passe-t-il quand aucune pollinisation n’est apportée par les insectes ?

  • Pollinisation manuelle : traitement avec pollinisation manuelle sur fleur ensachée : du pollen est apporté au pinceau sur des plants enfermés dans des sachets. Les fleurs sont pollinisées en grandes quantités, mais aucun pollinisateur ne peut les visiter.


Elsa a réalisé un travail d’observation tout au long de la période de floraison des plants pour identifier les pollinisateurs (Apis, Bombus, Syrphe…), observer leur passage et noter les conditions météorologiques. Ces observations de 30 minutes divisées en trois sessions de 10 minutes visaient à collecter les données sur le succès/échec de la production de fruits par fleur. Ces différents dispositifs ont permis d’observer les processus de pollinisation sur ce site et de comparer la production qui résulte de ces différents traitements.



a) exemple de pollinisation libre b) exemple d'autopollinisation (fleur ensachée)




Enfin, une fois les fruits formés, ceux-ci ont été rapportés en laboratoire afin d’évaluer leur rendement (qualité/quantité) selon plusieurs mesures : masse, taille, nombre de graines.


Prochaine étape : Analyser les résultats de cette première étude afin de répondre à ces questions : les pollinisateurs améliorent-il la production potagère? Les pollinisateurs sauvages sont-ils plus ou moins abondants loin des ruchers? Éléments de réponses à suivre dans un prochain article !